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Gentleman Jack

LGBT, littérature, Séries TV, films, poèmes, les lesbiennes qui ont marqué l'histoire

La poétesse Karin Boye

Karin Boye, écrivaine, poétesse, personnalité lesbienne, romancière lesbienne, kallocaine, elms, lgbt

 

Nom : Karin Maria Boye

Parents :   Carl Fredrik « Fritz » Boye (1857-1927), Signe Liljestrand (1875-1976)
Date de naissance : 26 octobre 1900 
Lieu de naissance :   Göteborg
Date de décès :   24 avril 1941 par suicide
Lieu de décès :  Alingsås
Nationalité :  Suédoise
Conjoints :   Leif Bjork, Margot Hanel
Etudes :  Littérature, histoire de la littérature
Métiers :  Poétesse, romancière, enseignante, traductrice, éditeur, rédactrice
 

 

Karin Boye à la naissance - Karin Boye, écrivaine, poétesse, personnalité lesbienne, romancière lesbienne, kallocaine, elms, lgbt
Karin Boye à 1 an

 

 ENFANCE

Karin Boye nait dans la ville suédoise de Göteborg le 26 octobre 1900. Elle est la fille de Carl Fredrik, dit Fritz et de Signe Liljestrand. Sa famille est originaire d'Allemagne en Bohème par son père dont les ancêtres étaient des marchands engagés dans des activités commerciales et financières en Amérique du Sud et en Europe. Son grand-père a créé une entreprise d'importation de coton et de textiles à Göteborg, et a pris la nationalité suédoise en 1849. Le père de Karin, Fritz, était à la tête de la Svea Fire-Life Company de Göteborg ; il a épousé une de ses employées, Signe Liljestrand, de 18 ans sa cadette, qui descendait de la haute paysannerie. Karin est la fille aînée du couple qui va accueillir par la suite deux garçons, Sven en 1903 et Ulf l'année suivante.
Quand elle a 9 ans, la famille déménage pour le centre de Stockholm avant de rejoindre le quartier de Huddinge, 6 ans plus tard toujours dans la même ville.
C'est adolescente qu'elle commence à écrire et notamment des poèmes, des nouvelles et de petites pièces de théâtre. Et quand elle n'écrit pas, elle peint à l'aquarelle.

photo de famille de Karin boye, poétesse, romancière lesbienne
Photo de famille avec Fritz, Ulf, Sven, Karin et Signe

 

 ETUDES

Signe, la mère de Karin Boye est versée dans la littérature classique et initie sa fille. Dans son collège privé de Göteborg, Karin, décrite comme une "petite fille ronde et douce", fait une impression durable sur son premier professeur. Elle surpasse ses camarades de classe, répondant souvent aux questions qui lui sont posées "avec une petite rime ou d'autres mots inventifs et bien choisis". Après avoir passé son baccalauréat en 1920, elle intègre l'université d'Uppsala et se met à lire Rudyard Kipling, Dumas, Maeterlinck et H.G. Wells. La poésie de Rabindranath Tagore l'influence énormément, et elle se plonge dans la mythologie indienne. Elle apprend le sanskrit, et s'initie au bouddhisme. Puis, peu à peu, elle abandonne le bouddhisme pour se rapprocher du christianisme lors de ses deux dernières années d'études.

La lutte de Karin Boye pour savoir s'il fallait étudier la théologie - comme le souhaitait et le conseillait le recteur de son collège de formation - ou la psychologie et l'enseignement a été un carrefour majeur dans sa vie. Contrairement à l'étude de la théologie, qu'elle considérait comme un véritable acte d'abnégation, la poursuite de la psychologie et de l'enseignement était pour Boye un puissant acte d'affirmation de soi. Cette décision a déclenché une crise qui a été alimentée par la découverte de ses désirs sexuels pour les femmes. Elle devait renier sa sexualité si elle poursuivait une carrière dans l'Église, un déni qui, selon elle, tuerait l'artiste en elle.

Karin Boye, écrivaine, poétesse, personnalité lesbienne, romancière lesbienne, kallocaine, elms, lgbt
Karin Boye

En février 1921, la jeune femme de 20 ans trouve un moyen d'exprimer son trouble, en écrivant les poèmes qui constitueront son premier recueil, Moln ("Nuages"). En plus de la littérature, elle s'intéresse au grec (elle veut lire Platon dans la langue originale), les langues nordiques.
Connue sous le nom de "Teo" par ses camarades étudiantes, elle suscitait beaucoup d'intérêt et, selon McDuff, suscitait une "adulation distante" de la part de ceux qui la rencontraient. Karine Boye a consacré une grande partie de son temps à Uppsala à des activités extrascolaires, en tant que secrétaire puis présidente de l'union des étudiants. Elle a vécu une brève histoire d'amour avec le poète Nils Svanberg et a participé aux activités des "mess" (matlag) des étudiants, qui faisaient office de sociétés. Sa nature passionnée a été exploitée sans vergogne par les hommes de son entourage, notamment son professeur Viktor Svanberg, qui décrit ses rapports sexuels avec elle dans des détails salaces. Durant ces années, la prise de conscience de son orientation sexuelle a influencé la note plus sombre et tragique de sa poésie et elle publie Terre cachée, en 1924 et Les Âtres, en 1927, année où son père meurt d'un cancer.

Elle sortira diplômée de l'université en 1928.

Leif Bjorg, mari de Karin Boye
Leif Bjorg
 MARIAGE

Après l'université, elle rencontre l'économiste Leif Björk, un radical de gauche qu'elle épouse en 1929. Dans la foulée, elle rejoint le mouvement socialiste et antifasciste, Clarté dont fait également partie une autre romancière, Selma Lagerlöf et s'intéresse à la psychanalyse. Elle se fait analyser par Alfred Tamm, qui aura pour conséquence de changer Karin Boyd de multiples façons. Sans cette expérience, elle n'aurait probablement pas réussi à se marier. D'ailleurs le mariage de Karin et Leif, qui n'avait probablement pas une forte composante sexuelle, ne vas pas durer longtemps.

Karin Boye, écrivaine, poétesse, personnalité lesbienne, romancière lesbienne, kallocaine, elms, lgbt

Elle publie son premier roman, Astarte et fonde la revue Spektrum, une publication d'avant-garde avec l'écrivain suédois Erik Mesterton. Revue qui va durer deux ans. Elle fait également partie de l'Académie Les Neufs, en 1931, qui a pour objet de promouvoir la littérature, la paix et les droits de la femme.

 

 ALLEMAGNE et MARGOT

 Après son divorce, Karin Boye connaît une grave dépression en janvier 1932 et devient suicidaire. Ce mois-là, elle déménage à Berlin et commence une analyse avec le freudien Walter Schindler. Il travaille avec Boye pendant deux mois, au cours desquels il la considère comme une patiente perplexe dont la situation est grave. "Cela va mal finir. D'ici dix ans, elle aura mis fin à ses jours.", écrit-il.

Margot Leonie Hänel, karine boye

A son tour, elle se met à l'analyse et sa patiente sera Grete Lampl. Lors d'une fête lesbienne en ville, elle rencontre Margot Leonie Hänel, avec qui elle va entamer une relation amoureuse. Margot est une juive allemande de 12 ans plus jeune qu'elle, née le 7 avril 1912. Bien qu'elle ait également travaillé comme traductrice littéraire, Boye gagne peu d'argent, une situation aggravée par les frais de psychanalyse. Malgré sa situation financière précaire, elle fréquente le théâtre et apprécie la vie des cafés de Berlin, fréquentant une foule de gays. En ces années de nazisme, elle assiste aux affrontements entre les sympathisants d'extrême gauche et d'extrême droite. En plus de sa poésie, Karin Boye écrit des romans, à la fois pour s'exprimer et pour gagner sa vie. Des romans tels que Crisis et Merit Awakes qui sont décris comme schématiques et "moins purs" que sa poésie.
En abordant les questions controversées de son époque, certaines de ces œuvres ont sans aucun doute eu une grande importance pour son lectorat. Le roman documentaire Crisis,  révèle la découverte par Karin Boye de sa propre orientation sexuelle et la crise religieuse de sa jeunesse, alors qu'en même temps des discussions ont lieu en Suède sur une libéralisation des lois concernant l'homosexualité.
Considéré comme l'une de ses œuvres en prose les plus fortes, Crisis a contribué à la poursuite du débat.

Karin Boye, écrivaine, poétesse, personnalité lesbienne, romancière lesbienne, kallocaine, elms, lgbt

 

En 1934, Elle écrit qu'elle se sent étrangère à Berlin et a envie de rentrer chez elle pour retrouver Victor, Leif Björk, son ex-mari, et Anita Nathorst, son amie d'Uppsala.
Karine Boye, de retour en Suède achète un petit appartement "fonctionnellement froid" situé au 102 Skeppargatan à Gärdet, Stockholm. Désespérée par la solitude, elle invite Margot Hanel à venir pour être avec elle, ce qui permet également à la jeune juive d'échapper au nazisme. Au début, cet arrangement apporte à Karin Boye un réconfort et un calme sans précédent. Margot poursuit une formation de comptable, avant de se tourner vers le métier d'infirmière, puis de relieuse. Elle obtient la nationalité suédoise par un mariage blanc, mais se montre très jalouse et dépendante envers Karin, lui refusant le droit de voir ses amis littéraires.

Au fur et à mesure que Margot développe des maladies chroniques, sa dépendance émotionnelle et physique envers Karin Boye devient totale. C'est à cette époque que l'écrivaine écrit son roman Too Little (Trop peu) et que paraît en 1935 son quatrième recueil de poésie För trädets skull ("Pour l'amour de l'arbre"), qui reçoit des critiques mitigées. Malgré cet amour ponctué de crise de jalousie, Karin désigne sa compagne comme étant "sa femme".

102 Skeppargatan à Gärdet, Stockholm - Karin Boye - Margot Hanel
102 Skeppargatan à Gärdet, Stockholm

 

 ENSEIGNANTE

L'année suivante, elle commence à enseigner au pensionnat de Viggbyholm. Situé près de Stockholm,  l'école éduque de nombreux enfants réfugiés de l'Allemagne hitlérienne, ainsi que de nombreux enfants de divorcés et des enfants ayant des difficultés de développement. Karin Boye commence par enseigner à de très jeunes élèves, mais elle perd rapidement le contrôle de ceux-ci. Elle est alors transférée au gymnasium, ou école secondaire, où elle devient une enseignante appréciée. Avec le temps, elle déménage à Viggbyholm, et sa relation avec Margot Hanel prend un ton quelque peu différent. Boye cesse de se référer à elle de manière désobligeante. "C'est à Margot Hanel, écrit McDuff, que Karin écrit l'épigramme " À toi " en juillet 1937."

Karin Boye, portrait coloré réalisé par Chase Jarvis Photography
Karin Boye, portrait coloré réalisé par Chase Jarvis Photography

Néanmoins, les problèmes inhérents à leur relation semblent s'intensifier, Karin Boye évoquant des "événements qui ont fait de ma vie un chaos". Elle écrit en allemand à l'expert en graphologie, le Dr Blum : "Vos paroles sur la résignation m'ont un peu blessée. Car je me trouve justement dans une situation où l'on exige de moi une abnégation absolue [...] Croyez-vous vraiment que la résignation puisse être le sens de ma vie ?"

Grâce à une bourse de voyage de l'Académie suédoise, Karin Boye se rend en Grèce à l'été 1938, visitant Vienne, Prague et Istanbul en chemin. Cet automne-là, elle commence à enseigner à plein temps à Viggbyholm ; la tension et l'épuisement qui en résultent sont aggravés par sa sensibilité à l'horreur qui se déroule en Europe, avec la persécution des Juifs et l'invasion allemande de la Tchécoslovaquie. Son incapacité à écrire de la poésie paralyse son esprit. Souffrant d'une douloureuse inflammation nerveuse dans un bras, elle quitte Viggbyholm pour retourner à Stockholm.

 

Anita Nathorst - Karin Boye
Anita Nathorst
 ANITA

 À cette époque, elle entame une correspondance plus fréquente avec Anita Nathorst, son amie depuis près de 20 ans. Toujours amoureuse d'elle, Karin Boye se rend à Alingsås, près de Göteborg, sa ville d'enfance, pour soigner Anita, atteinte d'une forme de cancer de la peau qui dévore son corps de l'intérieur. Ce qui ne l'empêche pas de continuer à correspondre avec Margot et de lui exprimer sa fidélité.

Le séjour chez Anita s'accompagne d'une fièvre d'écriture, qui se traduit par de nombreux poèmes et par ce qui est considéré comme son chef-d'œuvre dystopique écrit en prose, Kallocain (Kallocaïne)(1940).
Ce roman, farouche protestation contre le totalitarisme, tire son titre d'un sérum de vérité inventé par le personnage Leo Kall, ouvrier dans une usine chimique d'État. Dans un État mondial du futur, ersatz du Troisième Reich et de l'Union soviétique de Staline, Kall cherche à renverser la nation.

Les critiques enthousiastes accueillent la publication de l'œuvre en 1940, l'un d'eux la qualifiant d'"œuvre d'art profondément réfléchie, profondément ressentie, on pourrait même dire profondément soufferte". Karin Boye fait partie des écrivains et des poètes invités au Danemark occupé par les Allemands pour participer à une "semaine suédoise", au cours de laquelle elle est présentée à la famille royale danoise, et la presse danoise écrit des articles enthousiastes sur son roman. Cette expérience, qui a renforcé sa notoriété et sa réputation internationale, a contribué à ce qu'elle reste dans les mémoires comme l'un des plus grands poètes suédois.

Karin Boye, écrivaine, poétesse, personnalité lesbienne, romancière lesbienne, kallocaine, elms, lgbt
Karin Boye

 

 SUICIDE ET STATUE

Bien que Karin Boye soit toujours à Alingsås, Anita Nathorst s'installe à Malmö. Margot Hanel, malgré la séparation géographique, reste complètement dépendante de Boye sur le plan émotionnel. Doutant de Nathorst et éprouvant une profonde ambivalence à l'égard de Margot Hanel, Karin Boye ne peut plus conjurer le désespoir qui a accompagné une grande partie de sa vie. N'emportant qu'un flacon de somnifères, elle quitte sa maison le 23 avril 1941 et s'enfonce dans la forêt hivernale.
Quelques jours plus tard, elle est retrouvée morte de froid par un passant, près d'un rocher à Alingsås. Elle est inhumée au cimetière Östra kyrkogården de Göteborg.
Les deux femmes qu'elle aimait ne survivront pas longtemps à son absence.
Margot Hänel se gaze 38 jours après la mort de Karin, à l'âge de 29 ans. Elle a été incinérée, conformément à son testament, et est enterrée au cimetière du Nord à Solna.
En août, c'est Anita Nathorst qui s'éteint en succombant à un cancer.

Östra kyrkogården i Göteborg, den 17 aug 2006, Karin Boyes grav
Tombe de Karin Boye - Göteborg

Bien que la famille Boye semble avoir acceptée l'orientation homosexuelle de leur fille, l'enterrement de Margot Hanel près de celle-ci a été refusé. La correspondance des deux femmes a été brûlée peu après la mort de Boye. Ce fait a été noté par Pia Garde qui, en 1993, a écrit dans le journal Parnass que la mère de Karin Boye, Signe, était spirite et qu'elle "avait reçu une directive de Karin" qui lui demandait de détruire toutes les lettres et tous les poèmes qu'elle avait écrits à Margot Hanel.

À l'occasion du 70e anniversaire de la mort de Karin Boye, un panneau a été placé sur la maison où elle a vécu les huit dernières années de sa vie. Le panneau est complété par le poème "To you", dédié à Margot Hanel. Une statue est également commandée et réalisée par le sculpteur Peter Linde. Il est de coutume que les passants placent une fleur entre ses doigts.

statue en bronze de Karin Boye réalisée par Peter Linde
statue en bronze de Karin Boye réalisée par Peter Linde

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Romans
  • 1931 : Astarte
  • 1933 : Merit s'éveille (Merit vaknar)
  • 1934 : Crise (Kris)
  • 1936 : Trop peu (För lite)
  • 1940 : La Kallocaïne (Kallocain)
Poésie
  • 1922 : Nuages (Moln)
  • 1924 : Terre cachée (Gömda land)
  • 1927 : Les Âtres (Härdarna)
  • 1935 : Pour l'amour de l'arbre (För tradets skull)
  • 1941 : Les Sept péchés capitaux et autres poèmes (De sju dödssynderna och andra dikter), recueil posthume édité par Hjalmar Gullberg
Nouvelles
  • 1934 : Règlements de comptes (Uppgörelser)
  • 1940 : Hors de fonctionnement (Ur funktion)
  • 1941 : Annonce (Bebådelse)
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LIVRE EN FRANCAIS

 

 

 

 

 

 

 Kallocaïne
 Dans une société où la surveillance de tous, sous l’œil vigilant de la police, est l’affaire de chacun, le chimiste Leo Kall met au point un sérum de vérité qui offre à l’État Mondial l’outil de contrôle total qui lui manquait. En privant l’individu de son dernier jardin secret, la kallocaïne permet de débusquer les rêves de liberté que continuent d’entretenir de rares citoyens. Elle permettra également à son inventeur de surmonter, au prix d’un viol psychique, une crise personnelle qui lui fera remettre en cause nombre de ses certitudes. Et si la mystérieuse cité fondée sur la confiance à laquelle aspirent les derniers résistants n’était pas qu’un rêve ?

Prix : 10.90€ (Broché) - 5.99€ (epub, mobi)

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Sources :
- Boye, Karin. Complete Poems. Translated by David McDuff. Great Britain: Bloodaxe Books, 1994.
- https://prabook.com/web/karin.boye/3749447
- https://vartgoteborg.se/gamla-goteborg/karin-boye/#
- http://www.margaretaskantze.se/index.php?page=menu92m&menuitem=menu91&submenuitem=menu92m
- https://sv.wikipedia.org/wiki/Karin_Boye
- http://www.elisarolle.com/queerplaces/klmno/Margot%20Hanel.html

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